Retraite. Public/Privé : les deux régimes sont-ils si différents ?

A la veille d’une réforme majeure du système de retraite promise pour 2019 par l’exécutif, l’heure est plus que jamais aux comptes. Avec ses supposés avantages, le financement des retraites dans le secteur public coûterait terriblement cher au contribuable. Pourtant, à y regarder de plus près, tout n’est pas forcément nettement plus rose que dans le privé.

En pleine campagne présidentielle, le candidat Emmanuel Macron promettait un nouveau régime et un nouveau mode de financement des retraites. Un système plus simple, plus équitable qui viendrait gommer les inégalités. Aujourd’hui président de la République, sa ligne officielle n’a pas bougé d’un iota ou presque : il indique souhaiter mettre en place un « système universel » dans lequel un euro cotisé donnerait les mêmes droits.

Dans sa ligne de mire, le régime du secteur public est ainsi le premier incriminé. Trop généreux, il donnerait droit aux personnels concernés à des niveaux de rentes autrement plus avantageux que leurs homologues du privé. Dans le détail, il faut dire que les retraites des fonctionnaires d’Etat apparaissent en général comme bien meilleures que celles du régime général.

Pourtant, dans le même temps, certaines études tendent à démontrer que si le mode de calcul des retraites dans le public était basé sur celui du privé, 53% des agents de la fonction publique de la génération 1958 toucheraient davantage avec un gain moyen qui atteindrait les 2.4%. A y regarder de plus près, le régime de retraite dans le public, décrit comme si généreux, ne l’est en réalité pas tant que cela.

 

Quelle base de calcul entre public et privé ?

Il s’agit du principal point de cristallisation qui revient le plus souvent sur le devant de la scène. Là où le calcul de la pension s’appuie sur la base des 6 derniers mois de traitement indiciaires pour les fonctionnaires, il correspond au contraire à la somme arithmétique des 25 meilleures années de salaires perçus par un actif dans le privé, dans la limite du plafond annuel de sécurité sociale. Quant aux complémentaires, toujours pour le privé, elles vont jusqu’à s’appuyer sur la totalité des mêmes salaires versés durant toute la carrière.

A première vue, les agents du secteur public sont donc doublement avantagés, d’autant plus que les revenus d’un actif augmentent généralement plus il s’approche de l’âge de la retraite. En moyenne, le taux de liquidation de la retraite (hors complémentaires), autrement dit le ratio multiplicateur du salaire de référence afin d’obtenir le montant de la pension, atteint les 75% dans le public contre seulement 50% dans le privé.

Ces montants sont néanmoins obtenus en faisant abstraction des pensions versées par les complémentaires qui peuvent représenter une part non négligeable des revenus d’un retraité du privé.

A cela s’ajoute, la non prise en compte des primes et indemnités pour les fonctionnaires dans le calcul de leur future pension alors que ces dernières sont intégralement réinjectées dans les revenus de référence en ce qui concerne les employés du secteur privé. Les cadres exerçant dans le public et plus généralement les fonctionnaires dont la rémunération comporte une part élevée de variable se trouvent pénalisés du fait de leur exercice au sein d’une administration publique.

 

Quid des personnes dont l’activité s’exerce à temps partiel ?

Pour prétendre à une retraite à taux plein, il est aussi nécessaire d’avoir cotisé le nombre de trimestres suffisants. Or, dans un contexte où les carrières sont de plus en plus fragmentées et les temps partiels de plus en plus imposés, cela relève parfois de la véritable gageure.

A ce titre, les salariés du privé semblent néanmoins tirer leur épingle du jeu. Pour valider un trimestre, il leur est simplement nécessaire d’avoir cotisé sur la base d’un revenu égal à au moins 200 fois le Smic horaire. Depuis le 1er janvier 2014, ce seuil est même descendu à 150 fois le Smic horaire. Si bien que nombre de salariés, sans travailler à temps plein, parviennent néanmoins à valider l’intégralité de leurs quatre trimestres de l’année.

Les règles s’avèrent en revanche nettement moins souples pour les fonctionnaires. Les trimestres leur sont en effet validés de date à date, par période de 90 jours pleins. Ainsi, en cas de travail à temps partiel, les trimestres comptabilisés le seront au prorata du temps travaillé. Là où dans le privé, un employé sous un contrat de 21 heures hebdomadaires pourrait ainsi valider 100% de ses trimestres, il n’en cumulera au contraire que deux sur trois dans le secteur public.

 

Les avantages liés aux enfants sont-ils aussi importants dans les deux régimes ?

Longtemps privilégiées, grâce en particulier au dispositif aujourd’hui disparu de retraite anticipée réservée aux parents fonctionnaires de trois enfants ou plus, les mères de famille employées du secteur public sont à présent les parents pauvres du système.

Alors qu’une salariée du privé bénéficie automatiquement d’une bonification jusqu’à 8 trimestres par enfant de sa durée d’assurance, cette majoration n’est que de quatre trimestres pour sa semblable travaillant dans le secteur public. Par ailleurs, si cette prime au trimestre peut éventuellement être partagée de moitié avec le père de famille dans le privé pour tous les enfants nés après le 1er janvier 2010, rien de tout cela n’est prévu dans la fonction publique.

Dans les deux cas, en revanche, être parent d’au moins trois enfants peut rapporter de l’argent au moment de prendre sa retraite, grâce à une majoration de 10% de sa pension de base. Seul bonus supplémentaire pour la fonction publique : 5% de revalorisation complémentaire pour chaque enfant à compter du quatrième. A l’exception des familles nombreuses, le système est en tout état de cause plus généreux dans le privé que dans le public en termes d’avantages familiaux.

 

Public/Privé : le départ à la retraite par anticipation est-il possible ?

Officiellement, il n’y a plus de jaloux. Que ce soit dans le public ou dans le privé, l’âge légal de départ à la retraite est désormais de 62 ans. A cette règle générale, il existe pourtant un certain nombre de dérogations.

Dans le secteur public, les exceptions sont ainsi légions et s’étendent à toutes les catégories dites « actives », autrement dit qui peuvent présenter un risque particulier et notamment de fatigue exceptionnelle. Les policiers, les infirmiers ou encore les contrôleurs aériens en font notamment partie.

Dans le secteur privé, le cadre est en revanche beaucoup plus restrictif. A l’exception du dispositif carrières longues qui permet de partir à la retraite dès 58 ans quand on a commencé à travailler à 14 ans (ou 60 ans quand on a débuté sa vie active à 20 ans), les seuls autres cas de figure où une certaine souplesse peut là aussi être accordée concernent les quelques rares professions reconnues comme officiellement pénibles.

 

Et pour les pensions de réversion ?

Au décès d’un assuré, le conjoint survivant peut dans un certain nombre de cas prétendre à une pension de réversion. Pourtant, là encore, entre public et privé, ses conditions générales peuvent assez radicalement changer.

Au sein du secteur public, le pourcentage de la pension qui est reversé au conjoint atteint en moyenne les 50%, sans aucune condition d’âge ou de revenus. Dans le privé, au contraire, le seuil est cette fois un peu plus généreux (entre 54 et 60%) mais se trouve contrebalancé par l’existence d’un âge minimum ainsi que par la présence de plafonds de revenus.

Autant d’éléments qui rendent la comparaison entre les deux systèmes de retraite particulièrement difficile. Décrit pourtant comme particulièrement avantageux, le système de retraite du secteur public ne possède pas que des avantages.

Et si la retraite de ses agents est certes en moyenne plus élevée que dans le privé, au-delà du calcul, la linéarité de leur carrière y est peut-être aussi pour quelque chose. Moins touchés par le chômage, avec des revenus souvent plus constants, c’est peut-être avant tout là que réside la principale force de frappe des fonctionnaires.

About Sébastien Jaslet
Diplômé de l’Ecole Française de Journalisme (EFJ), filiale de l’EFAP, il a collaboré à ses débuts avec les équipes de Julien Courbet pour l’édition de leur magazine Stop Arnaques. Altruiste, il a depuis fait du conseil au consommateur et au citoyen une de ses spécialités.
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