Retraite : en quoi consiste le rachat de trimestres

Pour espérer une bonne retraite, mieux vaut savoir l’anticiper. Parmi les solutions, le rachat de trimestres a souvent les faveurs des actifs. A tort ou à raison ?

Entre les études, les périodes d’inactivité, de chômage et les petits boulots : la vie est parfois ponctuée de moments où on ne cotise pas ou insuffisamment pour sa seconde partie de vie. De fait, l’idée d’avoir tous ses trimestres une fois sonnée l’âge légal de départ à la retraite devient de plus en plus illusoire pour une frange non négligeable de la population.

Au-delà des placements et/ou plans individuels, il existe pourtant une solution tout à fait légale pour compenser ces périodes de « creux » au sein de votre vie active : le rachat de trimestres. En quoi consiste-t-elle ?

Le rachat de trimestres : kesako ?

Si vous n’avez pas cotisé durant suffisamment de trimestres mais que vous désirez profiter de votre retraite dès l’âge légal, la pension que vous percevrez tiendra alors compte d’une certaine décote. Le rachat de trimestres peut ainsi s’apparenter à une alternative permettant de bénéficier d’une retraite à taux plein sans allonger sa durée de cotisation.

Au-delà du régime général, la retraite complémentaire s’en trouve elle-même gratifiée puisque non plus versée en proportion de la durée cotisée mais en totalité. De quoi espérer partir dans des conditions financières beaucoup plus optimales…

Pour ce faire, deux options de rachat coexistent. La plus répandue consiste ainsi à racheter uniquement les trimestres qui vous manquent et éviter par conséquent les effets de la décote qui s’en suivrait indubitablement. La seconde, plus onéreuse, permet au contraire non seulement de racheter ces mêmes trimestres mais aussi d’allonger en proportion la durée de cotisation, en agissant sur le taux et la durée d’assurance.

Un bon moyen de redonner des couleurs à sa pension en agissant notamment sur le coefficient de proratisation…

Y a-t-il des limites ?

Malgré des souplesses certaines, il n’est toutefois pas encore question de financer l’intégralité de sa retraite via le rachat de trimestres. En tout état de cause, la réglementation fixe à 12 le nombre maximum de trimestres pouvant ainsi faire l’objet d’un tel dispositif. A cela s’ajoute, diverses conditions d’applications qui réglementent grandement les possibilités de reprise.

Entrent ainsi dans ce cadre les seules années d’études supérieures, à condition qu’elles aient été validées par un diplôme ou suivies dans une grande école. Par ailleurs, la vie est parfois ponctuée d’imprévus en tous genres. Aussi, la réglementation vous reconnaît la possibilité de reprendre au moins partiellement vos années incomplètes, celles pour lesquelles moins de quatre trimestres ont été validés, pour cause de chômage (périodes non indemnisées), de stages et/ou petits boulots en tous genres ainsi que par des périodes de temps partiel imposées.

Dans la fonction publique, la règle est encore plus restrictive puisque seules les années d’études sont susceptibles de faire l’objet d’un rachat. Autant de limites, dans un seul but : celui d’éviter les excès.

Combien coûte le rachat de trimestres ?

Il n’existe pas un seul et unique tarif de trimestre et le montant de celui-ci peut en réalité considérablement varier selon les cas. Trois principaux paramètres entrent notamment en ligne de compte.

Selon votre revenu, et plus particulièrement de sa moyenne au cours des trois dernières années, selon l’option d’achat que vous aurez retenue, le tarif de l’opération ne sera pas le même. Enfin, le prix varie également en fonction de l’âge au moment duquel la demande sera déposée. Comprenez : plus vous vous y prenez jeune, moins vous avez des chances de payer cher.

La réforme de 2014 reconnaît d’ailleurs à ce sujet, sous conditions, des tarifs préférentiels pour les jeunes en activité. Jusqu’à dix ans après la fin de leurs études, ils ont ainsi possibilité de racheter des trimestres de scolarité, dans la limite de quatre, entre 400 et 695 euros en « taux seul ». Deux les deux ans suivant la fin de leur dernier stage en entreprise, ce dernier peut là encore faire l’objet d’un rachat de trimestres, à hauteur de deux trimestres, à déduire alors des quatre trimestres d’études.

Mais les jeunes ne sont pas les seuls dans ce cas. Les assistants maternels ayant exercé entre 1975 et 1990 ainsi que les apprentis entre 1972 et 2013 peuvent ainsi profiter d’un trimestre au tarif unique de 1278 euros.

Est-ce vraiment rentable ?

Tout dépend du montant d’achat de vos trimestres. Avant de vous jeter tête baissée dans une telle opération financière, n’hésitez pas à demander à votre caisse de retraite de vous mettre en œuvre diverses simulations : avec ou sans rachat de trimestres. En fonction de vos revenus, du nombre de trimestres qui vous manquent mais aussi de votre âge, l’intérêt financier de l’opération peut être variable.

Toutefois, dans la mesure où le rachat est susceptible d’avoir non seulement des répercussions sur le niveau de pension générale mais aussi sur celui des complémentaires, le calcul peut s’avérer de plus en plus intéressant au fur et à mesure que vos revenus s’accroissent.

En tout état de cause, la solution doit être analysée à l’aune d’un véritable placement financier et une décision d’épargne. Avec ses avantages et ses inconvénients. A vous de voir si le jeu en vaut vraiment la chandelle…

Dès le troisième trimestre racheté, l’administration peut vous accorder sur demande un échelonnement de votre paiement sur 1, 3 ou 5 ans. Pour les fonctionnaires, la facilité de paiement est ouverte dès le deuxième trimestre et jusqu’au quatrième pour un étalement jusqu’à 3 ans, 5 ans pour cinq à huit trimestres et jusqu’à 7 ans au-delà.

Régimes complémentaires : rachetez aussi vos points

Pour optimiser le montant de sa pension, s’acheter des trimestres au régime général constitue un premier calcul que les plus prévoyants s’empresseront de compléter via une seconde étude : le rachat de points pour leurs complémentaires.

A l’inverse du premier régime, les complémentaires ne s’appuient en effet pas directement sur le même système de calcul, au prorata du nombre de trimestres cotisés, mais transforment ces derniers en points. Quatre trimestres de cotisations équivalent ainsi à un cumul de 70 points.

Chacun des points rachetés doit par ailleurs nécessairement avoir fait l’objet au préalable d’un rachat du trimestre auquel il correspond. Autrement dit, s’il n’est pas impossible d’acquérir moins de trimestres au régime complémentaire qu’au régime de base, le contraire ne peut pas être envisagé.

Par ailleurs, seules les années d’études (dans la limite de trois) ont ici la possibilité d’être reprises. Le montant de l’opération est alors obtenu en multipliant le nombre de points à racheter avec la valeur de ce point et le coefficient lié à l’âge du demandeur.

Comment se calcule le montant de rachat de points pour les régimes complémentaires ?

Nombre de points à racheter X valeur du point X coefficient lié à l’âge

Plus la demande est effectuée jeune, moins cher sera ainsi le rachat. Pour sa part, la valeur du point est aussi fonction du statut du bénéficiaire. Pour les salariés, les non-cadres le paieront en tout état de cause moins cher que les seconds.

Quant aux indépendants (cotisants au RSI) et aux fonctionnaires (cotisants au RAFP), toute possibilité de rachat de points leur est en revanche complètement fermée. Comme quoi, les inégalités ne se situent pas forcément toujours là où on le croit…

About Sébastien Jaslet
Diplômé de l’Ecole Française de Journalisme (EFJ), filiale de l’EFAP, il a collaboré à ses débuts avec les équipes de Julien Courbet pour l’édition de leur magazine Stop Arnaques. Altruiste, il a depuis fait du conseil au consommateur et au citoyen une de ses spécialités.
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